Les débuts
Les effets spéciaux sont l'ensemble des techniques au cinéma pour donner une illusion visuelle de scènes qui n'existent pas dans la réalité ou qui n'ont pas été possibles d'être filmées directement. Cela peut aller des maquillages d'acteurs c'est-à-dire "on-set" sur le tournage, aux incrustations 3D donc "off-set" en postproduction.
Mais avant de devenir aussi complexes que les effets visuels numériques, les effets spéciaux au cinéma ont d'abord été une façon de s'approprier l'outil qui est la caméra, autrefois analogique. Les premiers effets spéciaux ont été un mélange de techniques optiques astucieuses, de superpositions de film, de maquettes et d'utilisation du cadre. Les effets spéciaux que l'on voit aujourd'hui sont pour la majorité une adaptation numérique améliorée des permiers effets de l'époque. Dès l'invention du cinémascope par les Frères Lumière, les cinéastes ont commencé à jouer avec leurs bandes de film. Louis Lumière lui-même, après avoir filmé et projeté la démolition d'un mur, a ensuite rembobiné le film sans en éteindre la lanterne. Pour la première fois, on voit une action réelle inversée, et Louis Lumière vient d'inventer la technique de la marche arrière. C'est un terrain de jeu pour les cinéastes qui deviennent des créateurs de nouveaux effets à chaque tentative concluante.
Les effets spéciaux de Méliès
Alors qu'aux Etats-Unis, les réalisateurs tentent des effets spéciaux assez simples et discrets, inspirés de la photographie (caches, fond noir, surimpression) ou du théâtre (cascades, décors, maquillages), en France, Georges Méliès se distingue comme le pionner des effets spéciaux au cinéma. Illusioniste de profession, il enchaîne les innovations uniques en matière de film "truqué". Il invente de nombreux principes de base utilisés ensuite encore aujourd'hui dans les effets spéciaux. Il reprend le principe de l'arrêt de caméra en 1896 dans l'Escamotage d'une dame au théâtre Robert-Houdin, qui fait disparaître et apparaître miraculeusement des objets et des personnes. Ce principe est utilisé pour la première fois par William Heise et Alfred Clark aux Etats-Unis un an auparavant en reconstituant une décapitation, remplaçant la tête de l'acteur de la reine par un mannequin. Il est ensuite amélioré par Méliès. Ce film (ci-contre) ressemble aux tendances TikTok actuelles de réaliser des transitions les plus propres possibles pour donner l'illusion de magie.
A la suite de ce film, Méliès réalise des films plus longs et plus créatifs en combinant des caches, des effets grossissants. Au total, plus de 600 mini films voient le jour jusqu'en 1914 où il arrête toute production de films. De nombreux sont disponibles sur YouTube. Son oeuvre la plus grande et la plus visionnée aujourd'hui est sans conteste le Voyage dans la Lune de 1902, un film de 15 minutes décrivant les aventures de six astronomes en voyage sur la Lune, de leur propulsion par un canon géant à leur rencontre avec les sélénites et leur retour sur Terre. C'est un film majeur dans l'histoire du Cinéma et des effets spéciaux de par la grande variation d'effets utilisés dans le film, son originalité et sa complexité scénaristique.
Démolition d'un Mur, Louis Lumière. (inversé 44")
Escamotage d'une dame au théâtre Robert-Houdin, Méliès.
L'homme à la tête en caoutchouc, Méliès.