L'essor des effets spéciaux
Dans les années 1920, l'industrie du cinéma commence à s'organiser. En France, aux Etats-Unis comme en Allemagne, les premiers brevets techniques d'effets spéciaux voient le jour. Les spécialisations du cinéma se forment entre opérateur, technicien, réalisateur, acteurs... À Hollywood, des nouveaux studios organisés se développent avec des départements d'optique ou de matte painting qui permettent d'augmenter la quantité et la qualité des plans truqués. Les films fantastiques ont un succès fous et nécessitent toujours des effets spectaculaires. Si les effets spéciaux sont utilisés dans de nombreux pays, la super structure économique et l'organisation des studios d'Hollywood en font un lieu propice à l'invention et à la créativité. A ce moment-là, tout le monde utilise les trucages et les quelques nouvelles techniques ne sont que des variations ou des améliorations des techniques de base vues auparavent. Certains trucages de cette époque marquent l'histoire des effets spéciaux par leur exécution remarquable.
Les films marquants
Le Suédois Victor Sjöström adapte un procédé des photographies « spirites », en vogue dans les années 1870 en utilisant la surimpression dans La Charette Fantôme. La charette est filmée sur fond noir afin d'y éliminer tout arrière-plan et est surimprimée sur un plan de rue. En utilisant les principes de fondus enchaînés, le fantôme disparaît à travers la porte pour la traverser et réapparaît au plan suivant. Les principes de base inventés par Méliès sont utilisés parfaitement dans La Charette Fantôme pour croire au récit et à l'effet visuel.
Nosferatu, eine Symphonie des Grauens, adaptation officieuse du Dracula de Bram Stocker, sort sur les écrans en 1922. En plein expressionnisme allemand, le film utilise de nombreux effets optiques en accélérant certains mouvements, insérant un fragment de pellicule négative ou faisant disparaître le vampire transpercé par le soleil. Le maquillage de l'acteur principal, Max Schreck, constitue en lui-même un effet très spécial, essentiel pour comprendre immédiatement l'étrangeté du personnage : oreilles pointues, longs ongles aiguisés comme des lames, nez aquilin, dents menaçantes… De loin comme de près, il insiste sur l'aspect inquiétant du personnage, sans le décrédibiliser. C'est un des premiers films à mettre en avant ce type de maquillage, mi-réaliste mi-stylisé, qui se déploiera dans les films fantastiques hollywoodiens de la décennie suivante.
Les trucages de Ben Hur servent essentiellement à augmenter l'effet spectaculaire de scènes tournées « pour de vrai » tout en conservant une forte impression de réel. Pour la course de chars, le décor, bien qu'immense, est augmenté grâce à la technique des miniatures suspendues : si le bas du cirque romain est construit, le haut est créé en miniature, filmée près de la caméra afin de gagner en taille, dans la continuité perspective du décor réel. Les figurants en bois de la miniature sont animés en tirant sur des fils pour donner l'illusion d'une foule en mouvement. Cette technique sera encore utilisée pour plusieurs plans de la course des pods de Star Wars, épisode I : La Menace fantôme de George Lucas, en 1999.
Le procédé Schüfftan
L'allemand Eugen Schüfftan invente un procédé à base de miroir placé à 45° par rapportà l'axe de la prise de vue. Une maquette du décor de taille ultra réduite est placée à 90° de l'axe de la caméra. La maquette est reflétée dans le miroir et arrive directement dans l'axe de la caméra. On enlève alors la partie réfléchissante du miroir sur une zone très précise pour filmer directement dans l'axe de la caméra les acteurs de la scène. Ainsi, on obtient en superposition directe le décor et les personnages agissant dans le décor sans avoir besoin d'utiliser de cache et de surimprimer sur la pellicule. Ce procédé est très difficile à mettre en place car minutieux, mais beaucoup plus simple d'utilisation une fois installé pour tourner un plan.
Metropolis a utilisé ce procédé dans tous ses plans larges contenant des acteurs et des grands décors.
Une autre version de ce procédé consiste à mettre un miroir semi-réfléchissant. Ainsi, on filme deux plans à la fois sur l'ensemble du cadre. En utilisant du décors noir, on peut superposer à la prise de vue l'intensité lumineuse des deux plans et ainsi créer un trucage à la prise de vue. Ce procédé est donc optique et réalisable avec des caméras numériques actuelles. Ci-contre, j'ai réalisé dans le cadre scolaire un film utilisant ce procédé à l'aide de lentilles divergentes et d'un miroir semi-réfléchissant. Les deux acteurs jouaient en même temps mais sans se voir, à 90° l'un de l'autre.
The Phantom Carriage, Victor Sjöström, 1921 (trailer).
Nosferatu le vampire, Friedrich W. Murnau, 1922.
Ben Hur, Fred Niblo, 1925.
Explication effet Schüfftan
Metropolis, Fritz Lang 1927.
Les jouets de Charlie, Marie-Claire Saint-Dizier, 2023.