Les débuts du numérique

Edwin Catmull crée une animation numérique pour la première fois en 1968 lorsqu'il est étudiant à l'université de l'Utah. La modélisation numérique polygonale se développe lentement. Catmull cofonde Pixar avec Steve Jobs en 1986 et la société fera alors un pas de géant dans les effets 3D. Tron, produit par Disney en 1982, est le premier film avec des images de synthèse. Il est à sa sortie un semi-échec commercial, freinant les tentatives d'effets numériques par la suite. Dans ce film, un programmeur est numérisé et propulsé dans un jeu vidéo qu'il a conçu. Le paysage numérique, réalisé en images de synthèse, est filmé avec une caméra « virtuelle » qui ne cesse de le survoler. Pour réaliser ces effets et intégrer les acteurs dans ce paysage, le tournage se fait en noir et blanc et les acteurs sont colorisés en postproduction, les éléments colorés de leurs costumes étant dessinés image par image grâce au vieux procédé de la rotoscopie. Le film mélange les images produites par ordinateur avec celles dessinées de manière traditionnelle. À tous point de vue, Tron est un film hybride qui introduit les images de synthèse à « grande échelle » auprès du grand public, après les tentatives précédentes éparses .


Le premier personnage de synthèse

Dans Le Secret de la Pyramide de 1985, qui regorge d'effets spéciaux traditionnels (matte painting, animation image par image, animatronique) se glisse une créature révolutionnaire : l'« homme de verre », image de chevalier en armure qu'un prêtre drogué croit voir s'extraire d'un vitrail. C'est le premier personnage de synthèse, sans lien fictionnel avec l'informatique, qui semble interagir avec un acteur de chair et d'os, dans le monde réel. La séquence a été supervisée par une sous-division d'ILM qui deviendra la société Pixar. Ces quelques secondes d'effets demandèrent un travail colossal : il fallut créer le design du personnage, le rentrer dans l'ordinateur, le texturer, l'animer, l'éclairer puis le réintégrer sur pellicule en l'insérant dans le décor réel et en faisant apparaître ce décor à travers son corps, composé de morceaux de verre coloré.

Le premier morphing

Dans Willow de 1988, une magicienne est transformée en divers animaux au cours du film. Une double magie se produit à l'époque : celle bien sûr de la transformation magique du film, mais aussi celle des techniciens d'ILM qui parviennent à transformer de manière continue une chèvre en autruche, en tortue, en tigre puis en femme, sans trace de coupure. Le morphing est né. Son principe est d'identifier des points de repère (yeux, mains, bouche, etc.) communs à une forme A et une forme B et l'ordinateur crée des formes intermédiaires entre A et B. Le morphing se déploie ensuite dans des clips (Black or White de Michael Jackson, 1991) et dans des films comme The Mask (1994), mais sera surtout utilisé pour assurer les transitions invisibles entre les cascadeurs réels et leurs doublures numériques, dans Jurassic Park ou dans Titanic par exemple.

Les effets numériques montent en puissance

La représentation d'un large groupe de dinosaures pour Jurassic Park de 1993 s'avérant difficile à obtenir par les moyens traditionnels de type stop motion ou animatronique, Spielberg demande à l'ILM de créer des dinosaures de synthèse, sans grande conviction. Les résultats sont si bons qu'il décide de n'utiliser que les images de synthèse dans les plans larges, tout en conservant l'animatronique dans les plans rapprochés. Le Data Input Device permet d'entrer des points-clés de poses dans l'ordinateur, lequel calcule les phases de mouvement intermédiaires. La réussite des dinosaures de Jurassic Park prolonge celle du méchant mutant numérique de Terminator 2 (James Cameron, 1991), et consacre la domination des effets visuels numériques.

La position de la France dans les VFX

À la fin des années 1980, diverses tentatives françaises d'images de synthèse intégrées à des films et des publicités voient le jour. La réussite commercials des Visiteurs donne une impulsion décisive, prouvant qu'il est possible de réaliser des matte paintings numériques (le château peint) ou des morphings (le voyage temporel) dans un film français à succès. La puce en images de synthèse et les matte paintings de La Cité des enfants perdus (Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro, 1995) confirment la réputation internationale des structures et des créateurs français d'effets numériques, qui depuis lors participent régulièrement à des productions internationales.




Tron, Steven Lisberger, 1982.


Le secret de la Pyramide, Barry Levinson, 1985.

Willow, Ron Howard, 1988.